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La défiance des jeunes vis-à-vis de la politique

Question orale du 13/01/2015 sur « la défiance des jeunes vis-à-vis de la politique » adressée à Mme Isabelle Simonis, ministre de l’Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l’Égalité des chances

 

Question – Ma question repose sur une étude réalisée par la Fondation P&V qui montre le désintérêt des jeunes pour la chose publique et pour la politique. C’est un problème majeur. Si le désintérêt pour le débat politique au sens strict est bien réel, les réseaux sociaux regorgent de réflexions et de prises de position qui sont politiques. Hélas, elles sont souvent émaillées de lieux communs et de raccourcis caricaturaux. Les auteurs ne sont pas toujours bien informés. Personne n’échappe donc à la politique même s’il s’en défend. De nombreuses initiatives tendent à y remédier. La Fédération Wallonie-Bruxelles a certes créé un Parlement Jeunesse et l’État fédéral a fait de même avec son Jeugd Parlement Jeunesse mais, tout comme les organisations de jeunesse des partis ou des syndicats, ces instances rassemblent des jeunes qui, pour la plupart, sont déjà intéressés par la politique. Il n’est d’ailleurs pas rare de les retrouver ensuite dans les cabinets ou dans les as- semblées parlementaires en qualité de collaborateurs, voire d’élus. Ces initiatives n’arrivent donc pas à éveiller l’intérêt du public qui nous préoccupe, celui qui se détourne du monde politique. Madame la ministre, que comptez-vous faire pour améliorer la situation ? Une campagne pourrait-elle être lancée ? Le Conseil de la jeunesse ne pourrait-il pas sensibiliser ce public déconnecté du débat politique? Si le lien n’est pas direct, il n’en demeure pas moins que le fait de décrocher du débat public peut engendrer des difficultés et entraîner des dérives de la part des jeunes dépourvus de structures d’encadrement. Quel est le mandat et quelles sont les missions du Parlement Jeunesse ? Par ailleurs, s’il ne faut pas faire de politique à l’école, on pourrait soutenir des projets de sensibilisation à la question politique et encourager les jeunes à s’investir dans la chose publique. Ne devriez-vous pas travailler main dans la main avec la ministre de l’Éducation pour essayer d’atteindre cet objectif ?

 

Réponse – Je commencerai par rappeler la mission du secteur de la Jeunesse qui est d’œuvrer au développement d’une citoyenneté critique, active et responsable par une prise de conscience et une connaissance des réalités de la société, des attitudes de responsabilité et de participation à la vie sociale, économique, culturelle et politique, sans oublier la mise en œuvre et la promotion de pratiques socioculturelles et de création. Au quotidien, par leurs projets et leurs actions, les associations de jeunesse stimulent la prise de parole, la participation, l’expression des jeunes ou encore leur information et la mise en débat d’idées leur permettant de prendre une part active au sein de leur groupe, de leur association ou de leur projet. Ces associations sont porteuses d’une multitude de projets de sensibilisation, d’information et d’expression des jeunes vis-à-vis des politiques à chaque échéance électorale. Des débats avec des mandataires publics sont organisés dans les associations. Enfin, les jeunes réalisent régulièrement des affiches représentant leurs attentes. Ce travail est aussi réalisé en dehors des périodes électorales. C’est positif. L’objectif est de leur donner les moyens d’exercer leur citoyenneté et de participer, à leur niveau, au débat. C’est par la reconnaissance, par les politiques, de leur potentiel et de la valeur ajoutée de leur participation que les jeunes pourront reprendre confiance en ces derniers. Ce travail est ambitieux et ardu mais il est indispensable si l’on veut que les jeunes aient foi en eux et en leur avenir et, si besoin, qu’ils retrouvent espoir en la société. La mise à disposition de lieux comme des organisations de jeunesse et des centres de jeunes est un gage d’avenir. Le Conseil de la jeunesse n’a pas pour mandat de renouer le lien entre les jeunes et les institutions politiques mais de favoriser leur prise de parole dans l’espace public et leur engagement dans la société. Si l’on considère ainsi le politique, le Conseil de la jeunesse est alors compétent. Selon l’article 2 du décret de novembre 2008 modifié en 2013, le Conseil de la jeunesse a pour mission d’émettre des avis dans les matières relevant de la Jeunesse et de mener et de promouvoir des initiatives de participation citoyenne des jeunes pour contribuer à élaborer une parole collective, représentative de la diversité des jeunes de la Communauté française. Le Conseil de la jeunesse a également pour mission de représenter les jeunes de la Communauté française lors de réunions nationales ou internationales, à l’exception des matières sectorielles. La réconciliation des jeunes avec le politique peut être une conséquence positive du travail du Conseil de la jeunesse mais elle n’est pas son objectif premier. De plus, on constate que les jeunes membres du Conseil ont déjà souvent un parcours associatif ou politique. Les parlements de la jeunesse au niveau fédéral et de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont d’heureuses initiatives. Toutefois, je crois davantage à une réconciliation des jeunes avec le monde politique par l’engagement réel dans un projet local associatif, d’organisation de jeunesse ou de maison de jeunes favorisant la prise de responsabilité dans la société. La lutte contre la défiance des jeunes envers le politique est un défi que l’ensemble de la classe politique doit relever. Il se concrétisera par une proximité et une écoute de la parole des jeunes via les canaux de représentation officiels, comme le Conseil de la jeunesse, mais également si l’on veille à ce que l’ensemble des mesures participe à leur bien-être. La défiance envers le politique n’est pas l’apanage des nouvelles générations. Le monde politique doit s’interroger fondamentalement sur les raisons de la distanciation des citoyens.

 

Réplique – Madame la ministre, vous avez parlé des rapports des plus jeunes et des plus âgés à la politique ; je crois qu’effectivement les partis politiques ont un rôle à jouer et que les politiciens ont une responsabilité dans le désintérêt croissant pour toute une série de questions. Cela pourrait faire l’objet de longs débats. Au niveau des jeunes, quand je dis « politique », je ne pense pas nécessairement aux partis ou à la manière traditionnelle de faire de la politique. J’entends par là l’éveil à certaines questions. Il serait à cet égard intéressant d’envisager la manière d’intégrer dans le programme d’enseignement une journée de visite d’une institution ou l’organisation d’un débat. Ces initiatives relèvent encore trop du ressort du professeur. Certains professeurs sont très actifs et font un travail d’éveil, d’autres ne veulent pas en entendre parler tant il est difficile parfois d’aborder ces questions sans être taxé de partisan. C’est la raison pour laquelle j’évoquais le lien avec la ministre de l’Enseignement. Par ailleurs, nous avons parlé du Conseil de la jeunesse. Les organisations de jeunesse pourraient également avoir pour mission d’initier les jeunes à la politique. Cette question étant tellement large, il serait peut-être intéressant que vous puissiez y revenir dans les prochaines semaine dans un débat thématique en assemblée plénière ou qu’à tout le moins vous élaboriez des actions très concrètes. Si nous pouvons partager les constats, les remèdes ne seront pas évidents à élaborer et mériteront certainement un travail approfondi.

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