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Georges-Louis Bouchez : « La banalisation du nazisme est aussi grave que le négationnisme »
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Bouchez veut sanctionner la «banalisation» du «régime nazi»

« Je propose d’amender la loi du 23 mars 1995 tendant à réprimer la négation, la minimisation, la justification ou l’approbation du génocide commis par le régime national-socialiste allemand pendant la seconde guerre mondiale » …« En y ajoutant dans son titre et son article 1er que la condamnation, qui est pénale, s’étendra à tout qui banalise ledit génocide ainsi que le régime national-socialiste allemand pendant la seconde guerre mondiale »

(article à lire sur www.lesoir.be)

Communiqué de presse: La Belgique francophone et son nombril.

Quelle tristesse de devoir lire tant de commentaires réducteurs et stupides sur une proposition qui se veut universaliste.

Le point de départ est de lutter contre la banalisation du génocide commis par le régime national­ socialiste allemand et ledit régime.
En effet, on entend de plus en plus facilement le qualificatif de nazi dès qu’une politique ou des propos dérangent certains.

Or le nazime, c’est la destruction systématique d’un peuple dans la plus grande entreprise meurtrière de l’Histoire. Comment oser comparer la politique du Gouvernement français ou belge, l’attitude de policiers, ou des actes des autorités démocratiques à un tel régime ? Une Loi a donc été adoptée en 1995 pour lutter contre le négationisme mais, comme l’a indiqué en 2002 Simone Veil, le plus grand danger qui menace notre devoir de mémoire est « le comparatisme fébrile et écervelé consiste à tout comparer à la Shoah, dans un amalgame qui dénie toute spécificité aux événements. Aujourd’hui comme hier, cette routine de l’amalgame fait des ravages. C’est ce qui me fait dire que le premier danger n’est pas l’oubli, ni la négation, mais bel et bien la banalisation de la Shoah. » D’où ma volonté d’étendre ladite Loi à la lutte contre la banalisation du régime nazi et de la Shoah.

Le débat aurait pu être constructif et noble, traitant d’un devoir de mémoire essentiel. C’était oublier que nous sommes en Belgique francophone. Où il fallait que le nouveau point godwin d’une certaine élite soi­disant intellectuelle vienne tout gâcher, ce point NVA, ce point Francken (dites franckenstein pour les bobos). Celui au­delà duquel, les cerveaux de certains sont bloqués.

De ce fait les réactions, de la plus stupide à la plus odieuse, se sont enchainées. Comme si le fait de ne plus pouvoir insulter les membres du Gouvernement de nazi était à ce point insupportable qu’il fallait monter aux barricades avec les pires outrances, comme celle de remplacer le mot « nazi » grâce à un logiciel sur un navigateur, par mon nom dans les articles web. Oeuvre d’un ancien journaliste figurez­ vous. La bêtise n’ayant donc pas le monopole d’un secteur.

La réalité est que cette proposition est universaliste et a pour objectif de lutter aussi contre les cas suivants:

En France, Manuel Valls est insulté de « nazi » par Jean­Luc Mélenchon en octobre dernier.
En Allemagne, une touriste américaine qualifie de « nazis » des policiers allemands.
Des comportements comme ceux de Dieudonné, avec la popularisation de la « quenelle », qui peuvent relever de l’antisémitisme mais pourraient être poursuivis plus facilement et systématiquement grâce à un concept de banalisation du crime de génocide qui est différent d’une minimisation explicite mais qui, par un ensemble de propos ou de comportements, semble rendre l’inommable acceptable.

Mais il n’était pas possible pour une certaine classe qui se voudrait intellectuelle derrière son clavier d’avoir un tel débat.

Au contraire, la discussion a tourné autour de ma volonté réelle. Un juge d’instruction, professeur d’université, supposé se baser sur les faits et sur une rigueur scientifique, en est même venu à faire de la psychologie de bistrot, essayant de démasquer le cheval de Troie que je serais.

Un juriste devrait pourtant comprendre que si j’avais voulu renforcer la défense des victimes de telles insultes c’est du côté des articles 440 du code pénal que ma modification aurait porté. Pas sur la Loi de 1995 qui vise à préserver la mémoire de l’innommable. Mais non, rendez­-vous compte, j’ai une photo à côté de Francken. Elémentaire mon cher Watson. Au passage, j’en ai dix fois moins avec Francken que le Roi n’en a avec lui mais surtout quand je suis en photo avec une député qui a exigé la libération d’un terroriste, cela ne pose aucun souci à personne. Bien sûr que non, elle fait partie de cette gauche qui a la certitude de détenir une supériorité intellectuelle mais aussi morale. Ils disent pour qui vous devez voter, mais surtout ce que vous pouvez dire, ne pas dire, les causes que vous devez soutenir et celles que vous ne devez pas. Eux savent, les autres sont des ignorants.

La réalité est je n’ai jamais eu un mot, un acte, un geste qui ne fait pas de moi un démocrate absolu. Au contraire, j’exerce mon action politique avec le sens de la justice et le respect des institutions et deniers publics comme peu de ceux qui veulent me donner des leçons peuvent le prétendre.

L’autre procès était bien évidemment la recherche du buzz. Argument avancé par un parti politique qui veut faire de la politique autrement. On leur parle de banalisation du régime nazi et ils répondent sur des traits supposés de la personnalité de l’auteur de la proposition. C’est donc désormais certain, le seul rôle qui me serait réservé serait celui de ne rien faire car si je fais, c’est que je veux faire parler de moi. CQFD. C’est digne ? Répondre sur le fond aurait pu les grandir. Aurait pu.

La réalité c’est que ce texte, j’y pense depuis longtemps. Que ma conscience politique s’est constituée depuis l’école primaire par la rencontre d’un rescapé des camps de concentration que j’ai ré­invité à plusieurs reprises pour qu’il témoigne. Que j’aime à ce point la chose publique que l’usage impropre de réalités aussi importantes me dégoute au plus haut point, que cette police du débat m’exaspère, que j’ai toujours rejeté l’uniformité de la pensée car elle est l’opposé de l’intelligence. Qu’au nom de la libre pensée, on doit pouvoir rencontrer tout le monde et débattre avec des arguments et que débattre avec l’un ou l’autre ne dit rien sur vous. Que les seules choses qui vous définissent sont vos actes, vos paroles et pas les caricatures qui en sont faites.

Alors, oui je ma battrai pour que cette Loi soit adoptée car elle est juste. Il est inconcevable que les jeunes actuels pensent que le nazisme puisse être les comparaisons écervelées que l’on en fait aujourd’hui. Oui c’est une priorité car les derniers survivants de cette époque disparaissent et il y a urgence à rétablir la vérité. Par ailleurs, des démocrates n’ont pas besoin de l’insulte « nazi » mais peuvent simplement en rester à défendre des arguments.

Car le plus grave est que la banalisation et les comparaisons douteuses entraînent petit à petit un oubli de l’histoire et qu’un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre.

Librement.

 

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